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Le Washington Post licencie environ 300 journalistes sur fond de rapprochement Trump-Bezos

Le quotidien-phare de la capitale américaine a annoncé mercredi licencier environ 300 de ses 800 journalistes pour « sécuriser » son avenir. Ce jour « sombre » pour le Washington Post intervient sur fond de rapprochement entre son propriétaire Jeff Bezos et le président américain Donald Trump.

Le Washington Post, propriété du multimilliardaire Jeff Bezos, a commencé mercredi 5 février à licencier des centaines de journalistes, une ancienne figure du journal en difficulté depuis des années dénonçant un jour « sombre » pour ce pilier de la presse américaine.

L’hémorragie, qui frappe l’ensemble des services du quotidien, survient sur fond de rapprochement du fondateur d’Amazon avec Donald Trump, un président qui attaque la presse traditionnelle depuis son retour au pouvoir.

Le nombre de suppressions de postes n’a pas été communiqué. Selon le New York Times, environ 300 journalistes sur 800 sont licenciés.

Cette restructuration destinée à réformer un journal « d’une autre époque » « inclut des réductions substantielles d’effectifs » et doit « sécuriser » son avenir, a expliqué le directeur exécutif du journal Matt Murray, qui reconnait un travail « difficile, mais essentiel. »

Une grande partie des correspondants à l’étranger, dont l’intégralité de ceux couvrant le Moyen-Orient, ont été licenciés, a déclaré l’un d’eux à l’AFP. Parmi eux, Lizzie Johnson dit avoir été licenciée alors qu’elle se trouve en plein reportage sur le front en Ukraine. « Je suis bouleversée », a-t-elle écrit sur X.

Les services des sports, des livres, du podcast, des pages locales ou de l’infographie sont aussi particulièrement touchés voire presque intégralement supprimés.

« On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir », a dénoncé le Post Guild, le syndicat du journal.

« C’est l’un des jours les plus sombres de l’histoire » du journal, a regretté sur Facebook Martin Baron, ex-rédacteur en chef du journal et figure du journalisme américain. Il dénonce sans fard les « efforts écœurants » de Jeff Bezos « pour s’attirer les faveurs » de Donald Trump, y voyant « un cas d’école » de « l’autodestruction quasi instantanée d’une marque ».

Une lente descente aux enfers

Le Washington Post, connu pour avoir révélé le scandale du Watergate ou les Pentagon Papers et qui a reçu 76 prix Pulitzer depuis 1936, est en crise depuis des années.

Durant le premier mandat de Donald Trump, le journal s’était plutôt bien porté grâce à sa couverture jugée sans concession. Après le départ du milliardaire républicain de la Maison Blanche, l’intérêt des lecteurs s’était émoussé et les résultats ont commencé à dégringoler.

Le journal a perdu 100 millions de dollars en 2024, rapporte le Wall Street Journal.

À l’automne 2024, le Washington Post n’avait pas publié d’éditorial pour soutenir Kamala Harris dans la campagne présidentielle face à Donald Trump, alors qu’il avait soutenu les candidats démocrates aux présidentielles de 2008, 2012, 2016 et 2020.

Beaucoup y ont vu la main de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, s’est affiché au premier rang de la cérémonie d’investiture de Donald Trump.

Selon la presse, cette décision avait fait fuir de nombreux abonnés.

Les entreprises de Jeff Bezos ont d’importants contrats avec l’État fédéral, du stockage de données à l’espace. Selon les médias américains, Amazon a financé à hauteur de 75 millions de dollars le récent documentaire sur la première dame Melania Trump.

Le New York Times en bonne forme

« Imprimer des fausses nouvelles n’est pas un modèle économique rentable », a réagi sur X Steven Cheung, porte-parole de la Maison Blanche.

L’exécutif américain multiplie depuis un an les attaques contre la presse traditionnelle, entre restrictions d’accès, procédures en justice et discours accusateurs.

Une vaste réorganisation de la rédaction du Washington Post lancée en 2024 avec une nouvelle direction avait secoué en interne, et de nombreux journalistes étaient partis travailler pour la concurrence.

Emmanuel Felton, reporter chargé de couvrir les questions raciales, a annoncé son licenciement sur X. « Ce n’était pas une décision financière, mais bien idéologique », a-t-il accusé.

Contraste saisissant, le New York Times, grand rival du Washington Post, a annoncé mercredi avoir recruté en 2025 plus d’un million d’abonnés numériques, pour près de 13 millions au total, confirmant sa position dominante sur le marché américain de la presse écrite.

Jeff Bezos, dont la fortune est aujourd’hui estimée à 245 milliards de dollars par Forbes, avait racheté le Washington Post en 2013.

 

Avec AFP

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