En Guinée, l’ultimatum fixé au 30 juin 2026 pour le paiement des dividendes par les sociétés à participation publique marque un tournant décisif dans la gouvernance des entreprises publiques et mixtes. Cette décision ne doit pas être analysée uniquement sous l’angle budgétaire, mais comme un levier puissant de réforme structurelle de l’État actionnaire.
En effet, cette échéance constitue une opportunité unique pour engager une évaluation rigoureuse de la performance globale de ces entreprises, tant sur le plan financier que managérial. Le paiement des dividendes doit être l’aboutissement d’une création réelle de valeur, et non un exercice administratif déconnecté des réalités économiques.
Dans cette dynamique, il devient impératif d’introduire une logique de reddition de comptes systématique, en analysant les ratios de rentabilité, les niveaux de productivité, la qualité de la gouvernance et la contribution effective de chaque entité aux finances publiques. L’État doit savoir précisément quelles entreprises créent de la valeur et lesquelles en détruisent.
Les sociétés dont les performances restent structurellement faibles doivent faire l’objet de décisions fortes. Cela peut passer par des restructurations profondes, des changements de management, voire des liquidations lorsque les perspectives de redressement sont inexistantes. Maintenir artificiellement des entités déficitaires constitue un coût d’opportunité majeur pour l’économie nationale.
Par ailleurs, l’expérience récente du gouvernement guinéen à travers le Projet d’Appui à la Mobilisation des Ressources Internes et à la Formalisation des Entreprises (PAMORIFE) est particulièrement éclairante. L’audit fiscal conduit sur 45 entreprises a mis en évidence des pratiques et des irrégularités largement insoupçonnées, révélant l’ampleur des défaillances en matière de conformité et de transparence.
Ces résultats démontrent clairement que les états financiers produits par certaines entreprises ne reflètent pas toujours la réalité économique. Entre sous-déclarations, optimisations abusives et manipulations comptables, il existe un risque réel de minoration des dividendes dus à l’État.
Dès lors, les sociétés aujourd’hui concernées par cette exigence de paiement de dividendes devraient impérativement faire l’objet d’audits financiers et fiscaux indépendants, afin de fiabiliser les données présentées. Le calendrier fixé au 30 juin 2026 offre une fenêtre suffisante pour conduire ces vérifications de manière rigoureuse et ciblée.
Une telle démarche permettrait au gouvernement de s’assurer que les montants versés correspondent effectivement aux performances réelles des entreprises. Elle renforcerait également la crédibilité de l’État dans son rôle d’actionnaire exigeant et stratège, capable de défendre ses intérêts avec rigueur.
Au-delà des dividendes, cette séquence doit aussi permettre de traiter les nombreuses situations de non-conformité fiscale dans lesquelles se trouvent ces entreprises. Il ne serait pas cohérent d’exiger des dividendes tout en tolérant des arriérés fiscaux ou des pratiques d’évitement de l’impôt.
En définitive, cet ultimatum peut devenir le point de départ d’une transformation profonde : instaurer la vérité des comptes, renforcer la discipline fiscale, assainir le portefeuille public et repositionner l’État comme un actionnaire moderne, exigeant et orienté vers la performance. C’est à ce prix que les entreprises publiques et mixtes pourront pleinement jouer leur rôle dans la transformation économique de la Guinée.
Abdoulaye Wansan Bah
Spécialiste en Gestion des Projets et en Politiques Publiques
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