Contre toute attente, le chef de l’État sortant du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva a vaincu son opposant Flavio Bolsonaro dimanche soir lors du deuxième tour de l’élection présidentielle, avec 51,79 % des voix. Refusant de reconnaître les résultats, Flavio Bolsonaro a déclaré qu’il allait demander « l’annulation des élections ».
Le président brésilien de gauche Luiz Inacio Lula da Silva a été réélu dimanche 25 octobre, obtenant à presque 81 ans un quatrième mandat inédit à la tête du plus grand pays d’Amérique latine. Le candidat conservateur Flavio Bolsonaro a déclaré qu’il allait demander « l’annulation des élections ».
Le Brésil n’a finalement pas viré à droite comme l’Argentine, le Chili ou encore la Colombie, tous soutenus par le président américain Donald Trump. Il reste l’un des rares bastions progressistes en Amérique latine.
Avec près de 51,8 % des voix contre 48,2 % pour Flavio Bolsonaro, le vétéran de presque 81 ans a déjoué tous les pronostics. Il avait été devancé au premier tour par le fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022).
Les Brésiliens « sont allés voter parce que nous avons réussi à les convaincre que le vote était très important pour garantir la démocratie », a déclaré Lula depuis la mégalopole Sao Paulo.
« Il est impossible de reconnaître les élections », a dénoncé Flavio Bolsonaro, visage fermé. Depuis Brasilia, il a fustigé une « magouille », jugeant que le scrutin s’est déroulé de façon « inacceptable ». Selon lui, « beaucoup de choses restent à éclaircir » après la prolongation inédite des opérations de vote.
Le vote prolongé de deux heures
Lors de ce quatrième mandat, la marge de manœuvre du chef de l’État s’annonce limitée après le raz-de-marée conservateur aux législatives il y a trois semaines. La campagne a montré combien le pays reste divisé et une controverse a même perturbé la journée électorale.
Sur décision d’un juge de la Cour suprême, le vote a été prolongé de deux heures, après un recours de l’équipe de campagne de Lula. Dénonçant « une chose abominable », le président sortant a affirmé que des électeurs ont été « empêchés de voter ». Selon lui, des bus ont été retirés de la circulation dans des villes comme Sao Paulo (sud-est), dirigée par un maire de droite, ou Salvador de Bahia, dans son fief du Nord-Est.
Du point de vue personnel, la réélection de Lula est le couronnement d’une trajectoire hors du commun. Et un ultime pied de nez au destin pour l’ancien gamin pauvre du Pernambouc (nord-est). Il détenait déjà un record : aucun président démocratiquement élu n’a dirigé aussi longtemps le Brésil.
Celui qui est déjà un des dirigeants les plus âgés au monde aura 85 ans au terme de son nouveau mandat en 2030. Il totalisera ainsi 16 années au pouvoir, après un premier passage à la présidence de 2003 à 2010.
Lula a brandi l’étendard de la souveraineté
Vétéran inoxydable à l’heure du dégagisme, Lula a conjuré l’usure du temps et une lassitude très forte à l’égard de son Parti des travailleurs (PT).
Le PT reste associé par beaucoup aux scandales qui l’ont abîmé dans les années 2000. Son leader lui-même a connu l’opprobre d’une condamnation pour corruption qui lui a valu 580 jours en prison en 2018-2019, avant d’être annulée pour motifs de procédure.
Pour renverser le score, l’icône internationale de la gauche a multiplié dans la dernière ligne droite les mesures populaires et souvent coûteuses. Le premier président brésilien issu de la classe ouvrière a notamment revalorisé la Bolsa Familia, son programme social phare destiné aux familles les plus pauvres.
Durant sa campagne, Lula a brandi l’étendard de la souveraineté, face aux pressions commerciales et diplomatiques des États-Unis. Les électeurs doivent « choisir un pays où le drapeau est respecté », a-t-il dit d’une voix fatiguée après avoir voté, accusant son rival de vouloir « gouverner avec le drapeau américain ».
Donald Trump s’est toutefois gardé d’apporter un soutien explicite au fils Bolsonaro. Interrogé dimanche au sujet du scrutin, le président américain s’est contenté de dire : « On observe ».
Mais c’est Meta qui dans les derniers jours a été la cible des attaques de la gauche. La maison mère de Facebook, WhatsApp et Instagram a été accusée par l’équipe de Lula d' »ingérence » et de favoriser Flavio Bolsonaro sur ses plateformes. Le géant américain de la tech a nié tout parti pris, mais reconnu des « problèmes techniques » ayant pénalisé la campagne de la gauche sur ses plateformes.
Avec AFP
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