À quelques semaines d’un scrutin décisif, la Direction générale des élections, dirigée par Djénabou Touré, dévoile des statistiques choc : hausse du corps électoral, filtrage massif des candidatures et déséquilibres persistants. Derrière les chiffres, un enjeu clair : qui contrôle réellement le jeu politique ?
À l’approche des élections législatives et communales du 31 mai 2026, les données rendues publiques par la DGE dressent le portrait d’un processus électoral, où chaque chiffre révèle un rapport de force.
Première donnée clé : 1 056 dossiers de candidatures déposés pour les élections communales dans 375 communes. Mais tous ne passeront pas. 788 seulement ont été validés, contre 268 rejetés, soit un taux de rejet de 25 %. Autrement dit, 1 candidature sur 4 a été éliminée avant même la bataille électorale. Un filtre administratif qui devient, de fait, un levier de structuration du jeu politique.
Même logique pour les législatives. 28 partis politiques sont en lice pour un nombre limité de sièges (environ 49 sièges). Sur 151 candidatures, 110 ont été retenues, contre 41 rejetées, soit un taux de rejet de 27 %. Résultat : une compétition réelle, mais fortement encadrée, où seuls les dossiers les plus solides survivent.
Autre enseignement majeur : la question du genre. Si les législatives affichent 31 % de femmes (136 femmes contre 306 hommes), respectant le quota, les communales restent en retrait avec 29 % de femmes (5 570 femmes contre 13 432 hommes). Un écart d’à peine 1 %, mais politiquement révélateur : l’inclusion progresse, sans encore s’imposer pleinement à la base.
Mais le véritable tournant se situe dans le corps électoral. La Guinée passe de 6 748 000 électeurs à 6 948 894, soit +200 894 nouveaux inscrits. Parmi eux, plus de 20 000 citoyens réintégrés après avoir été exclus du fichier. Une donnée stratégique, car ces nouveaux électeurs peuvent peser lourd dans les zones à faible marge. Autre fait marquant : les femmes dominent désormais le corps électoral, avec 3 629 766 électrices contre 3 319 128 hommes. Un potentiel électoral décisif… à condition d’être mobilisé.
Sur le terrain, la DGE muscle son dispositif. Le pays comptera 23 681 bureaux de vote, contre environ 15 000 auparavant, pour une population électorale qui était de 5,2 millions. Désormais, aucun bureau ne dépassera 400 électeurs. Objectif : fluidifier le vote, réduire les tensions et maximiser la participation.
Au final, ces chiffres ne sont pas neutres. Ils traduisent trois réalités fortes :
– Un processus ouvert mais filtré (25 à 27 % de rejets)
– Une base électorale en expansion (près de 7 millions d’électeurs)
– Des déséquilibres persistants (29 % de femmes aux communales)
Le 31 mai 2026 ne sera donc pas qu’un simple scrutin. Ce sera un test grandeur nature de la crédibilité du processus électoral… et de la capacité des acteurs à mobiliser, convaincre et s’imposer dans un système de plus en plus structuré par les chiffres.
Par N’Faly Guilavogui
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