Le 15 juillet 2026, le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire sur la gestion du Fonds de développement économique local (FODEL).
Cette décision fait suite à un rapport d’observations définitif de la Cour des comptes qui fait état de présomptions de détournement de deniers publics, de corruption, de concussion, d’enrichissement illicite, de prise illégale d’intérêts et de complicité.
Dans une réquisition adressée au Directeur central de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), au Directeur central de la Police judiciaire (DPJ) et au Secrétaire à la Présidence chargé des Services spéciaux et de la lutte contre le crime organisé, le procureur spécial Alphonse Charles Wright requiert l’ouverture d’investigations sur la gestion du FODEL pour la période allant de 2015 à 2021.
*Objectif du FODEL et montants en jeu*
Créé pour financer le développement des collectivités situées en zones minières, le FODEL devait permettre la réalisation d’infrastructures de base, la création d’emplois et le financement de projets inscrits dans les plans de développement local.
Selon le rapport de la Cour des comptes, entre 2015 et 2020, douze sociétés minières ont versé au total 297,636 milliards GNF au titre de leur contribution au développement local.
Sur ce montant, seuls 153,572 milliards GNF, soit 51,5 %, auraient été reversés aux collectivités bénéficiaires des préfectures de Boké, Boffa, Kindia, Dinguiraye et Siguiri.
Un écart de 144,063 milliards GNF n’aurait donc pas été transféré.
Le rapport cite notamment comme personne présumée responsable le président du comité conjoint du FODEL, qui occupait à l’époque le poste de secrétaire général du ministère des Mines.
*Collectivités et responsables concernés*
L’enquête vise également plusieurs élus locaux pour des faits présumés de mauvaise gestion:
– *Boké*: gestion de 2,323 milliards GNF mobilisés entre 2020 et 2021. Sont visés l’ancien maire Mamadouba Tawel Camara, le premier adjoint Mohamed Camus Camara, président du comité de suivi-évaluation des projets FODEL, et le receveur communal en fonction à l’époque.
– *Dabiss*: 882,6 millions GNF. L’ancien maire Abdoul Goudoussy Manet est notamment cité.
– *Tougnifily*: 1,002 milliard GNF.
– *Dinguiraye*: 4,5 milliards GNF mobilisés en 2020-2021 et 772,9 millions GNF en 2021.
*Prêts revolving irréguliers*
Le rapport pointe aussi des irrégularités dans l’octroi de prêts revolving à des groupements de jeunes et de femmes, notamment à Boké, Dabiss et Tougnifily. Certains bénéficiaires n’ont pas pu être identifiés et des écarts ont été constatés entre les montants déclarés par les autorités locales et ceux reconnus par les bénéficiaires.
*Conduite de l’enquête*
Le procureur spécial a confié le dossier aux substituts Ousmane Sano, Biwon Millimono et Pierre Segbé Kamano. Ils seront appuyés par une équipe mixte d’officiers de police judiciaire coordonnée par l’ORDEF.
L’enquête s’appuiera sur les rapports définitifs de la Cour des comptes et sur l’ensemble des pièces ayant servi au contrôle, afin d’identifier toutes les personnes physiques ou morales susceptibles d’être impliquées. Le parquet qualifie cette affaire de préjudice majeur pour les intérêts de l’État guinéen.
Mohamed Sylla pour GuineeQuotidien
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