Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a officiellement ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire portant sur la gestion de la Pharmacie centrale de Guinée (PCG SA) couvrant la période de 2022 à 2024.
Dans une instruction transmise le 5 octobre 2026 au Directeur central de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), le procureur spécial Alphonse Charles Wright fait état de soupçons de détournement de deniers publics, de corruption, d’enrichissement illicite et de concussion. Ces irrégularités porteraient principalement sur les cycles d’achats et de distribution de la structure.
Cette initiative judiciaire s’appuie sur les conclusions d’un rapport de la Cour des comptes, qui pointe un déficit de transparence dans la gestion budgétaire, les charges de fonctionnement et les dépenses d’investissement de la société.
Des irrégularités sur des marchés de plus de 85 milliards GNF Les investigations ciblent l’établissement unilatéral de tarifs et de marges bénéficiaires sur des produits de santé, sans approbation préalable du Conseil d’administration ni des autorités de tutelle. De plus, les procédures d’attribution d’un marché public d’un montant de 85 505 649 975 GNF sont vivement mises en cause. Plusieurs cadres sont visés à ce niveau, notamment l’ancien directeur général, Dr Labila Sagno, la responsable des marchés publics, Dr Kadiatou Dem, l’ancienne directrice des affaires financières, Mame Dounamou, et le comptable Amadou Conté.
Le dossier des moustiquaires et la question des produits périmés Le volet lié à l’achat de 650 000 moustiquaires fait également l’objet d’un examen approfondi. Le parquet relève un surcoût potentiel, le prix unitaire ayant été fixé à 5,45 USD contre 3,90 USD sur la facture pro forma. Des modifications non justifiées sur les caractéristiques et les quantités, des anomalies fiscales, ainsi qu’une prélèvement de 20 % au titre de la distribution sans fondement légal sont également reprochés.
Par ailleurs, la réception de médicaments à péremption proche — représentant un risque pour la santé publique — et le paiement injustifié de frais de surestaries figurent parmi les griefs notifiés aux enquêteurs.
Une procédure encadrée et le respect de la présomption d’innocence Le procureur spécial a mandaté les substituts Ousmane Sano, Biwon Millimono et Pierre Ségbé Kamano pour diriger les investigations menées par l’ORDEF, tout en insistant sur le respect du secret de l’instruction. De nombreuses personnalités administratives et techniques sont appelées à être entendues, parmi lesquelles Labila Sagno, Bakary Keita, Mame Dounamou, Kadiatou Dem, Salimou Condé ou encore Mamadou Pethè Diallo.
Le parquet rappelle qu’à ce stade de la procédure, l’ensemble des personnes incriminées demeurent présumées innocentes. L’enquête préliminaire aura pour objectif d’établir la matérialité des faits et de déterminer d’éventuelles responsabilités individuelles.
Mohamed Sylla pour GuineeQuotidien
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