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Lutte contre la corruption en Guinée : Qui poursuit qui ? 

Selon le rapport de la Transparency International, publié le 28 janvier 2020, la Guinée est classée à la 4ème parmi les pays les plus corrompus en Afrique de l’ouest et à la 137ème place au rang mondial.

Depuis le renversement du président Alpha Condé à la tête de la Guinée, le 05 septembre 2021, par un coup d’État militaire dirigé par le colonel Mamadi Doumbouya. Les nouvelles autorités du pays ont promis aux Guinéens que la lutte contre la corruption sera leur cheval de bataille pour éradiquer ce fléau. Réussiront-ils ce pari qui gangrène la société guinéenne ? Sont-ils le bon exemple ? Qu’en est-il de leur passé ?

Reconnue officiellement en 1996 suite à son entrée dans l’agenda des institutions financières internationales (FMI et Banque mondiale), comme un phénomène comparable à un cancer qui gangrène les circuits financiers du développement des pays.

En Guinée, après l’indépendance le 02 octobre 1958, le premier président Ahmed Sékou Touré, a consacré une grande partie de son pouvoir à la redistribution des ressources du pays à tous les guinéens et la lutte contre la corruption. C’est pourquoi, pendant son règne les cadres à l’époque n’osaient pas de dérober un centime dans les caisses de l’État au risque de se retrouver au camp Boiro.

Après la prise du pouvoir par le feu Général Lansana Conté en 1984, au lendemain du décès de l’ancien président Ahmed Sékou Touré, la Guinée s’est transformée en une vache laitière pour des cadres. La Banque Centrale était devenue la caisse privée du président Conté et son entourage.

En cette même année, des Guinéens ont assisté impuissamment à la privatisation des biens publics de l’État laissés par l’ancien régime à ville prix. La corruption avait atteint son paroxysme suprême mais personne n’osait lever le petit doigt pour dénoncer cet état de fait. Pendant ce temps, le peuple crevait de faim. Des pauvres femmes mouraient en donnant naissance à des bébés suite à la dégradation des structures hospitalières. L’école publique était foulée au sol.

Pendant 24 ans de règne sans partage, le général Lansana Conté était non seulement le président, la justice et l’assemblée nationale. On se rappelle encore de la libération de Mamadou Sylla, l’ancien président du patronat guinéen, PDG du groupe Futurelec Holding et de feu Fodé Soumah, l’ancien ministre de la jeunesse et des sports, ex-vice gouverneur de la Banque Centrale République de Guinée (BCRG), inculpé de détournement d’un montant 2 millions d’euros dans la caisse de la Banque Centrale en janvier 2007. Dix jours après leur incarcération, ils ont été libérés par l’ancien président lui-même. Ce qui a scandalisé un pays plongé dans un marasme endémique.

Pour la plupart des guinéens, c’était la goutte d’eau de trop, ce qui avait conduit à un soulèvement populaire suite à l’appel de deux syndicats et de quatorze partis d’opposition, la grève générale illimitée sur toute l’étendue du territoire national pour lutter contre corruption et le pouvoir personnel de l’ancien président Lansana Conté. Une grève massivement marquée par une répression meurtrière qui avait fait plus d’une vingtaine de morts.

Arrivé au pouvoir le 22 décembre 2008, à la suite d’un coup d’État, au lendemain de la mort du feu Général Lansana Conté, le Capitaine Moussa Dadis Camara, s’est vite montré intransigeant à la lutte contre la corruption. Cela a montré au guinéen de connaître l’ampleur de ce fléau et plusieurs hauts cadres de bandit à col blanc sur le petit écran de la télévision nationale.

Certes, l’idée du jeune capitaine était bonne mais la méthode utilisée était extrajudiciaire. C’est pourquoi, il s’est vite heurté à un mur en béton contre le lobby de l’ancien régime de feu général Lansana Conté. Quelques temps après, Dadis Camara oublie sa mission et intègre le clan des vieux démons de la Guinée qui sont accusés de détournement de derniers publics.

Propulsé à la tête de la Guinée le 03 décembre 2009, suite à une tentative d’assassinat contre le capitaine Moussa Dadis Camara, le général Sékouba Konaté ‘’le Tigre’’, s’est engagé à rendre le pouvoir aux civils. Pendant son règne, il laisse l’économie du pays complètement agonisé et au plus bas niveau dans l’histoire de la Guinée. Au bout de 6 mois, les caisses de la banque centrale de la République de Guinée (BCRG) étaient presque vides.

Arrivé en 2010 comme le premier président démocratiquement élu, après 40 ans de lutte dans l’opposition, Alpha Condé avait suscité beaucoup d’espoir chez les guinéens mais de fil à aiguille l’espoir n’a été que de courte durée. Malgré sa volonté pour lutter contre la corruption aucun membre de son gouvernement n’a été inquiété jusqu’à sa chute du pouvoir.

Autour de l’ancien président Alpha Condé, de nombreux prédateurs économiques se sont trouvés, la plupart d’entre eux étaient des anciens dignitaires de l’ancien président Lansana Conté. Pendant 11 ans de règne, des cadres de son administration ont dérobé des centaines de milliards dans les caisses de l’État au grand dam de la justice.

De nos jours, la plupart de ces cadres sont poursuivis judiciairement par la CRIEF (Cour de répression des infractions économiques et financières), contre des faits présumés de « détournement de deniers publics, faux et usages de faux en écriture publique, recel, vol aggravé, enrichissement illicite, corruption, abus d’autorité, blanchiment d’argent et complicité ». Et, d’autres sont actuellement en prison à la maison centrale de Conakry. Jusqu’où ira cette cour dans sa démarche contre les délinquants économiques ?

Dès sa prise du pouvoir par les armes, le président colonel Mamadi Doumbouya, a affirmé que « la justice sera la boussole qui orientera chaque citoyen ». C’est dans cette optique que le président de la junte à mise en place par un décret la CRIEF (Cour de répression des infractions économiques et financières). Ont-ils donné le bon exemple aux guinéens ? Les hommes et femmes en ‘’Toge’’ qui composent cette cour sont-ils crédibles aux yeux de la population ? Une enquête de moralité a-t-elle été faite pour connaître leur personnalité ?

Pour l’heure, depuis le 05 septembre 2021 jusqu’à date, aucun membre du gouvernement de la transition n’a déclaré ses biens y compris le président Colonel Mamadi Doumbouya. Peut-on faire confiance à un gouvernement qui dissimule ses biens ? Comme par hard la plupart des prédateurs économiques du régime de l’ancien président Alpha Condé se sont retrouvés autour du chef de la transition guinéenne.

                                               Mais qui poursuit qui ?   

Dans un pays où le président et les membres du gouvernement sont exaltés de la justice ;

Dans un pays où des décisions de justice sont rendues en fonction des relations et la capacité financière de la personne ;

Dans un pays où l’Agence Nationale de lutte contre la corruption (ANLCC) est soupçonnée de détournement de derniers publics ;

Dans un pays où des juges préfèrent les pots-de-vin en lieu et place du droit ;

Dans un pays où des journalistes sont devenus les griots des cadres ;

Dans un pays où des policiers raquettent les pauvres citoyens et les taxi-maîtres pour se nourrir ;

Dans un pays où des médecines préfèrent laisser mourir un patient qui n’a les moyens pour sa santé ;

Dans un pays où des notes des enseignants sont vendues à des élèves et étudiants ;

Dans un pays où des religieux et des sages sont devenus politiques à cause de l’argent ;

Dans un pays où des commerçants vivent sur le dos du bas peuple ; etc…

La CRIEF (Cour de répression des infractions économiques et financières), mettra-t-elle fin à cette corruption de grande ampleur en Guinée ?

L’avenir nous le dira !!!

Moussa Traoré, journaliste

 

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