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Education / Entre discipline et humiliation : le Name and Shame à l’école guinéenne?

La diffusion d’une vidéo mettant en scène des élèves guinéennes dans des comportements inappropriés a récemment suscité une réaction vive sur les réseaux sociaux et dans les institutions scolaires. Cette tribune analyse le phénomène à travers le prisme du name and shame, tel que défini par Frédéric Fougerat, interroge la légitimité et l’impact d’une sanction disciplinaire dite lourde, tout en restant strictement neutre.
À Boké, la diffusion du contenu controversé sur Facebook a déclenché indignations et débats publics, donnant lieu à des appels à des sanctions sévères et à la radiation des élèves impliquées. Dans une société guinéenne aux références morales conservatrices affirmées, le jugement social s’est exercé avec intensité avant toute décision administrative. Il apparaît dès lors que l’école, espace de formation et de protection, n’est pas un lieu approprié pour exposer ses compétences ou comportements intimes. La frontière entre vie privée, responsabilité éducative et norme sociale y est essentielle et doit guider toute intervention.
La décision disciplinaire des autorités éducatives guinéennes, exclusion de cinq(5) mois avec mention nominative, illustre un exemple de name and shame. En effet, en communication, ce principe consiste à nommer publiquement un individu jugé fautif afin de susciter réprobation et effet dissuasif sur le collectif. Frédéric Fougerat dans son ouvrage intitulé: la com est un métier (pp. 63-66) évoque le name and shame avec des exemples. Selon Fougeret, c’est une technique de communication qui consiste à avoir un impact ou à promouvoir une émotion pour susciter des réactions populaires. Si la démarche s’apparente à une stratégie de communication, son intention est toute différente.
En réalité, soutient l’écrivain Français, « il ne s’agit pas de promouvoir ; mais de dénoncer une idée, un comportement, un groupe de personne et d’imposer par la force, la pression populaire que le sujet soit juste ou pas. Il n’est pas question de s’appuyer sur la justice ; mais de se rendre justice. » Au-delà des considérations communicationnelles, il est essentiel d’interroger ici le cadre légal et réglementaire. Le règlement intérieur des écoles guinéennes précise les mesures disciplinaires et les conditions de leur application, tandis que le Code de l’enfant, ratifié par la Guinée, insiste sur la protection de la vie privée, la dignité et l’intérêt supérieur du mineur. Toute sanction doit ainsi concilier l’affirmation de l’autorité éducative et la protection psychologique, sociale et académique de l’élève, afin d’éviter stigmatisation et conséquences durables.
Des alternatives existent et pourraient se montrer plus équilibrées : sanctions pécuniaires, avertissement formel, travaux d’intérêt général à caractère scolaire, médiation ou engagement écrit. Ces mesures permettent de corriger le comportement tout en préservant le parcours éducatif et la dignité des élèves, réduisant ainsi le risque d’isolement ou de rupture du lien avec l’institution scolaire.
Les travaux en sciences sociales, notamment ceux d’Erving Goffman sur: la stigmatisation (Stigma, 1963, pp. 3-4), consiste à attribuer à un individu une identité dévalorisée aux yeux de la société, produisant des effets durables sur sa réputation et son intégration sociale. Il rappelle que l’exposition publique d’une faute peut avoir des effets durables sur l’identité sociale, surtout chez les mineurs. La séquence des faits: diffusion du contenu, indignation collective, excuses publiques des élèves, puis sanction officielle, illustre la complexité de l’équilibre entre exigence de discipline et respect des droits de l’enfant.
Une communication institutionnelle responsable repose sur la proportionnalité, la cohérence et la légitimité, non sur l’effet spectaculaire ou la répression médiatique.
Ce cas constitue un exemple parmi tant d’autres et met en lumière les limites du name and shame. S’il peut produire un impact immédiat et susciter des réactions émotionnelles, son intention, selon Fougeret, n’est pas de promouvoir un message éducatif, mais de dénoncer et d’imposer une forme de justice populaire.
Les autorités éducatives guinéennes sont ainsi invitées à réévaluer leur approche, afin que l’école demeure un lieu d’apprentissage, de protection et de formation, et non un espace d’humiliation ou de stigmatisation publique. Aux élèves, il revient de comprendre que l’école n’est pas un lieu où l’on vient exposer ses comportements intimes, et aux parents de veiller sur l’usage des téléphones à l’ère de la révolution numérique.
Nfaly Guilavogui, Journaliste-éditorialiste, Mastérant en communication politique
& publique, DIC, Enseignant UMIC-Guinée, Administrateur Investigatorguinee

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