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À Addis-Abeba, Mamadi Doumbouya face à Ahmed Sékou Touré et Sam Nujoma : le sens d’une image

L’ouverture du 39ᵉ sommet de l’Union africaine a eu lieu ce samedi 14 février 2026 à Addis-Abeba et s’étend sur deux jours. À cette occasion, plusieurs photographies ont été publiées par la présidence guinéenne, mais l’une d’entre elles retient particulièrement l’attention en raison de sa charge symbolique.

On y voit le Président Mamadi Doumbouya, ancien commandant des forces spéciales devenu président civil, debout face aux portraits de deux figures majeures de l’histoire politique africaine : Ahmed Sékou Touré, premier président de la République de Guinée, et Sam Nujoma premier président de la Namibie. La scène se déroule dans un cadre institutionnel sobre, où les portraits officiels structurent visuellement l’espace et orientent la lecture. Loin de toute prise de position partisane, cette analyse propose une lecture neutre de l’image en mobilisant certaines théories et repères de la communication politique.

En effet, l’orientation corporelle du président guinéen, buste légèrement incliné vers les portraits, et le regard dirigé de manière fixe vers feu Ahmed Sékou Touré traduisent, selon la proxémique (Edward T. Hall, 1966) et la kinésique (Ray Birdwhistell, 1970), attention, considération et concentration symbolique. La fixation sur le portrait de Sékou Touré illustre également la théorie de la dramaturgie en communication politique (Erving Goffman, 1959), où chaque geste et chaque direction du regard construit une représentation de légitimité et de respect symbolique, inscrivant Mamadi Doumbouya dans la continuité historique des dirigeants africains. Ce regard attentif et mesuré constitue un signe de respect et de reconnaissance de l’héritage politique, tout en maintenant une neutralité diplomatique, évitant toute surenchère émotionnelle et traduisant une lecture stratégique de sa posture face à une figure fondatrice de la Guinée.

L’expression faciale demeure neutre, sans sourire, ni tension visible. Cette retenue peut être rapprochée de l’ethos en rhétorique et en analyse du discours de (Aristote, IVᵉ siècle av. J.-C., reprise en communication politique moderne). Selon Aristote, la crédibilité d’un acteur public se construit autant par l’attitude, la posture que par la parole. Une expression contrôlée qui projette sérieux et responsabilité, tandis que l’économie gestuelle participe à la construction d’une posture institutionnelle crédible.

Le choix vestimentaire de son côte, s’inscrit dans une logique de mise en scène politique. Le boubou blanc traditionnel renvoie à des codes culturels associés à la paix, la sobriété et la dignité. Selon les concepts de la mise en scène du pouvoir et du cadrage symbolique (Erving Goffman, 1959 ; Robert Entman, 1993), l’apparence constitue un élément central du cadrage visuel, orientant la perception du public et inscrivant l’acteur politique dans un registre identitaire précis.

La disposition des portraits renforce la dimension symbolique de la scène. Placés à hauteur du regard, ils établissent une relation visuelle directe avec le président. Cette configuration peut être éclairée par la théorie du cadrage (Framing Theory, Robert Entman, 1993). Cette théorie indique que l’image sélectionne certains éléments du réel et leur confère une signification particulière. L’association visuelle du chef de l’État à deux figures historiques des indépendances africaines suggère une continuité entre différentes temporalités politiques, sans l’énoncer explicitement.

Le contexte géographique amplifie cette lecture. Addis-Abeba, siège de l’Union africaine, est un espace fortement chargé en symboles panafricains. L’image peut être comprise comme un acte de communication symbolique et stratégique (Joseph Nye, 1990, Soft Power), articulant mémoire nationale et mémoire continentale, et inscrivant la présence guinéenne dans le récit des luttes pour la souveraineté et la coopération africaine.

Il importe toutefois de rappeler qu’une image ne parle jamais de manière univoque comme le font certains internautes. Les travaux en sémiologie politique (Roland Barthes, 1964 ; Jean-Marie Floch, 1990), ont prouvé que la photographie fonctionne par suggestion et polysémie. La posture, le regard, le vêtement et la scénographie composent un ensemble cohérent qui évoque à la fois héritage, responsabilité et continuité institutionnelle, sans qu’aucune déclaration ne soit formulée.

Donc, cette photographie illustre la manière dont la communication politique contemporaine mobilise le langage non verbal pour construire une image publique. Par l’orientation du corps, la direction du regard, notamment la fixation respectueuse et attentive vers le portrait de Sékou Touré et la gestuelle, elle relie trois temporalités : le passé des indépendances, le présent institutionnel du sommet continental et l’avenir politique. Sans juger, ni valider une posture particulière, cette lecture montre que l’image fonctionne comme un dispositif symbolique où mémoire et pouvoir se rencontrent dans un cadre soigneusement scénarisé.

Nfaly Guilavogui, Journaliste- éditorialiste politique, Analyste politique

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