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L’échec des sanctions de la Cédéao contre le Niger

Plusieurs médias affirment que la Cédéao s’apprêterait à lever les sanctions qui pèsent sur le Niger lors de son prochain sommet extraordinaire, samedi prochain, à Abuja. Pourquoi ce revirement ? Explications.

Plusieurs médias affirment que la Cédéao s’apprêterait à lever les sanctions qui pèsent sur le Niger lors de son prochain sommet extraordinaire, samedi prochain, à Abuja.

 

Pourquoi ce revirement, alors même que les deux conditions principales posées aux putschistes nigériensn’ont pas été remplies – à savoir la libération du président déchu, Mohamed Bazoum, et le retour rapide de civils au pouvoir ?

 

La Cédéao pourrait lever les sanctions imposées au Niger au lendemain du putsch : fermeture des frontières, gel des avoirs nigériens dans les banques étrangères et blocage des transactions financières.

L’impact terrible sur la population nigérienne

Le premier argument en faveur d’un réaménagement voire d’une suppression de ces sanctions , c’est leur impact sur la population civile.

 

La fermeture des frontières a empêché le commerce de denrées alimentaires, comme le lait en poudre, le sucre, le riz, l’huile végétale.

 

Selon le Programme alimentaire mondial, le prix du sac de riz de 25 kg a augmenté de plus de 50% dans les deux mois qui ont suivi le coup d’Etat.

Or, des millions de Nigériens souffraient déjà avant le putsch de la pire insécurité alimentaire depuis dix ans. Les importations de médicaments et l’acheminement de l’aide humanitaire aussi ont aussi été perturbées. Ainsi que l’approvisionnement en électricité et en carburant.

« Ce manque de discernement est lié au fait qu’ils étaient persuadés que dans un délai extrêmement court, ils allaient régler le problème avec des sanctions, en quelques semaines ou quelques jours. Cela ne s’est pas passé. Parce qu’ils ne connaissent pas les réserves de change de ces trois pays sahéliens qui sont des grands producteurs de minerais, de terres rares et de pétrole. Leur marge de manœuvre économique a été sous-estimée. Et pire, ils sont allés chercher de [nouvelles] alliances, notamment des alliances militaires avec la Russie, la Turquie ou l’Iran. »

La nouvelle donne depuis l’Alliance des Etats du Sahel

Depuis la sortie du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la Cédéao, la structure sous-régionale ne compte plus que douze membres. Et les dirigeants de la Cédéao vont donc sans doute vouloir se ménager un espace de discussion avec les trois Etats gouvernés par des putschistes qui, eux, ont fondé l’AES, l’Alliance des Etats du Sahel. C’est en tout cas le point de vue d’Yves Ekoué Amaïzo.

 

L’Alliance des Etats du Sahel a également créé des dissensions entre les Etats de la Cédéao, comme le résume Rodrigue Koné, chercheur à l’Institut d’études sur la sécurité de Dakar (ISS) :

« Nous avons une fracture entre les Etats qui restent sur une approche rigide, normative, qui respecte les règles internes de gestion. Et un autre groupe d’Etat qui réclame une approche plus souple, avec une compréhension de la position particulière des pays sahéliens. »

Selon Rodrigue Koné, les dirigeants de la Cédéao ont aussi manqué de pragmatisme en sous-estimant les liens entre les populations :

 

« Il faut se rendre compte que les économies ouest-africaines sont très intégrées, au-delà même des institutions et des politiques publiques mises en place par la Cédéao, analyse-t-il. Au-delà de cela, il y a aussi un substrat socio-économique et culturel, des frontières qui ne veulent rien dire pour les populations qui échangent de façon quotidienne. »

Des pays voisins accusent le choc aussi

Les frontières fermées ont donc aussi pénalisé les Etats voisins, notamment le Bénin et le Nigeria.

 

Des frontières fermées dans les deux sens puisque le Niger, redoutant une intervention militaire, avait lui aussi fermé sa frontière avec ce pays et refusé de laisser passer des convois d’aide humanitaire.

 

Dans le nord de ces pays, les sanctions ont pesé sur le commerce transfrontalier et encouragé la contrebande et les trafics illégaux.

Le Niger exportait aussi du pétrole raffiné et des céréales telles que le millet vers les pays voisins. Les Etats du nord-est et du nord-ouest du Nigeria aussi sont désormais menacés d’insécurité alimentaire. Quant au port de Cotonou, il a vu son activité chuter du fait des sanctions contre le Niger.

 

Au Nigeria, ces problèmes créent des tensions internes entre les gouverneurs des Etats frontaliers du Nord et le gouvernement fédéral à Abuja. D’autant que le président nigérian Bola Tinubu a été désigné pour assumer la présidence tournante de la Cédéao.

 

« Si au Nigeria, la posture officielle n’est pas celle des communautés du nord, les leaders communautaires (régionaux) peuvent jouer un rôle de lobby politique sur le gouvernement [fédéral] pour influencer sa position », déclare Yves Ekoué Amaïzo.

D’autant que plusieurs projets d’infrastructures, comme la voie de chemin de fer censée relier Kano, au Nigeria, à la ville nigérienne de Maradi, ou encore le projet de gazoduc entre le Nigeria et l’Algérie, sont au point mort.

L’idée éphémère d’une intervention armée

Au lendemain du putsch au Niger, certains Etats de la Cédéao comme le Bénin, le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le Sénégal avaient annoncé être prêts à envoyer des troupes dans les trois pays de l’AES. Finalement, cela n’a pas eu lieu.

 

Du point de vue d’Yves Ekoue Amaïzo, ces Etats se sont fourvoyés en pensant que l’Union européenne et des contributeurs extérieurs financeraient ces opérations militaires. En réalité, on ne leur a proposé qu’une assistance sur la base de crédits remboursables. Alors les gouvernements concernés ont fait marche arrière.

 

Avec DW

 

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